
L’ARCA lance la campagne canadienne « RED ENVELOPE » : de l’instabilité à la croissance
Nous félicitons le gouvernement du Canada d’avoir soutenu les arts et mis en œuvre le nouveau droit de suite des artistes, une mesure essentielle pour la justice économique et les droits des artistes. Cependant, une stabilité minimale n’est pas synonyme de croissance ou de durabilité. Le sous-financement chronique met à rude épreuve le secteur dirigé par les artistes, limitant la rémunération équitable des artistes et la capacité du Conseil des arts du Canada (CAC) à remplir pleinement son mandat.
« Le salaire moyen des employé·es des centres d’artistes est nettement inférieur à celui de leurs homologues dans des secteurs parallèles, et parfois même inférieur au seuil de pauvreté. Comment les centres d’artistes peuvent-ils attirer de nouvelles générations de travailleur·euses culturel·les alors qu’ils ne peuvent même pas leur offrir un salaire décent ? »
— Clayton Windatt, directeur de l’ARCA
Nous demandons instamment une augmentation significative et permanente du budget de base du CAC, axée sur trois piliers :
-
Stabiliser les centres d’artistes autogérés : garantir un financement de fonctionnement afin d’offrir une rémunération équitable aux artistes et au personnel, qui constituent le cœur de la recherche et du développement dans le domaine de l’art contemporain.
-
Accélérer l’équité : fournir le financement nécessaire pour doter pleinement en ressources les groupes et les organisations historiquement sous-représentées (artistes autochtones, noirs, racialisé·es, sourd·es et handicapé·es, 2SLGBTQI+, et des CLOSM).
-
Renforcer l’évaluation par les pairs : le financement des arts nécessite des évaluateur·trices pairs qui sont des expert·es dans leur domaine et possèdent les connaissances indispensables à l’examen des demandes dans le domaine des arts.
Notre stratégie consiste à collaborer avec l’Alliance pour les arts visuels et la Coalition canadienne des arts en mettant l’accent sur la mobilisation des députés. Nous invitons les artistes et représentant·es d’organismes artistiques à signer la lettre d’appel à l’action ci-dessous afin de soutenir cette initiative.
Assurer l’avenir de l’art contemporain canadien : appel urgent à un investissement accru dans le Conseil des Arts du Canada (CAC) et le réseau unique de centres d’artistes autogérés du Canada
La Conférence des collectifs et des centres d’artistes autogérés / The Artist-Run Centres and Collectives Conference (ARCA), qui représente les infrastructures culturelles essentielles de votre région et du pays, se réjouit de l’engagement continu envers les arts et la culture dont fait preuve le gouvernement libéral dans son budget fédéral 2025. Cependant, l’augmentation annuelle de 2 millions de dollars du budget du CAC, qui représente à peine 0,5 % de son budget total, est jugée largement insuffisante. Cette contribution est bien en deçà des besoins réels du secteur, estimés à 140 millions de dollars par la Coalition canadienne des arts.
Nous affirmons avec force notre solidarité avec la Coalition canadienne des arts en applaudissant la décision de maintenir le financement de base du Conseil des arts du Canada et du ministère du Patrimoine canadien. Ce budget reconnaît à juste titre le rôle essentiel que jouent les artistes, les commissaires indépendant·es et les centres d’artistes autogérés qui les soutiennent dans le développement du paysage créatif, social et économique du Canada. L’importance des arts dans le soutien des identités uniques du Canada à travers ce vaste territoire a persévéré face aux « pressions internationales ». Les pôles culturels créatifs à travers le Canada développent des voix nouvelles et fortes dans nos communautés, montrant que le financement des arts est essentiel pour renforcer le pays contre les menaces potentielles à notre souveraineté.
ARCA se réjouit de la proposition d’introduction d’un droit de suite pour les artistes. Il s’agit d’une mesure essentielle et attendue depuis longtemps qui reconnaît la valeur durable du travail et de la propriété intellectuelle des artistes en arts visuels. Le droit de suite représente une étape cruciale vers la justice culturelle et économique, garantissant que les artistes, dont beaucoup ont été soutenu·es au début de leur carrière par les centres d’artistes, bénéficient équitablement du succès commercial futur de leurs œuvres.
Bien que nous soyons encouragé·es par les nouveaux investissements dans des programmes culturels tels que le Fonds du Canada pour les présentations artistiques et Bâtir des communautés grâce aux arts et au patrimoine, ces ressources sont souvent insuffisantes pour de nombreux groupes, car ces fonds soutiennent rarement les espaces dédiés aux arts visuels contemporains.
L’APPEL ESSENTIEL : DE L’INSTABILITÉ À LA CROISSANCE
Bien que nous applaudissions l’engagement envers la stabilité du financement, l’ARCA doit souligner qu’une stabilité minimale n’est pas synonyme de croissance ou de durabilité. Le sous-financement chronique met à rude épreuve le secteur dirigé par les artistes, limitant la rémunération équitable des artistes et la capacité du Conseil des Arts du Canada (CAC) à remplir pleinement son mandat.
C’est pourquoi l’ARCA lance cette campagne de sensibilisation « RED ENVELOPE » (Enveloppe rouge) afin de demander de toute urgence une augmentation significative et permanente du budget de base du Conseil des arts du Canada. Cet investissement doit s’articuler autour de trois piliers fondamentaux :
1. Stabiliser les centres d’artistes autogérés
Les centres d’artistes autogérés fonctionnent comme la branche de « recherche et développement » à but non lucratif du secteur des arts contemporains. Cette infrastructure vitale fonctionne actuellement avec des ressources chroniquement insuffisantes, ce qui empêche d’évoluer vers un salaire décent pour les travailleur·euses culturel·les. La rareté des ressources empêche les centres d’artistes d’offrir des salaires compétitifs et équitables. Le salaire de base moyen d’une direction générale d’un petit centre d’artistes (dont le budget annuel est compris entre 100 000 et 250 000 $) serait d’environ 31 500 $ (référence 1). Un financement accru est nécessaire pour garantir la stabilité opérationnelle et offrir une rémunération équitable aux artistes, aux commissaires et aux travailleur·euses culturel·les.
2. Accélérer l’équité
Bien que le CAC ait fait d’énormes progrès en matière d’équité, il ne pourra réaliser pleinement son mandat sans une augmentation proportionnelle de son enveloppe budgétaire. De nouveaux investissements doivent être injectés dans le CAC afin de fournir des ressources suffisantes aux artistes et aux organisations autochtones, noirs, racialisé·es, sourd·es et handicapé·es, 2SLGBTQI+, et des CLOSM. Des études montrent systématiquement que les artistes racialisé·es tirent de leurs activités artistiques un revenu médian nettement inférieur (de 20 % ou plus) à celui de leurs homologues non racialisé·es, ce qui souligne l’inégalité économique systémique (référence 2). Les sources de financement dédiées du CAC ont permis d’allouer 31,8 millions de dollars aux artistes et organisations autochtones et 33,7 millions de dollars aux artistes et organisations racialisé·es au cours de la période de référence 2020-2021 (référence 3). Ces progrès doivent être soutenus par une enveloppe plus importante afin de parvenir à une véritable représentation proportionnelle et de favoriser la cohésion culturelle.
3. Renforcer l’évaluation par les pairs
L’intégrité et la gouvernance responsable du financement des arts dépendent entièrement d’un système solide d’évaluation par les pairs. Le financement des arts nécessite la sélection d’évaluateur·trices pairs qui sont des expert·es hautement qualifiés dans leur domaine, possédant les connaissances et l’expérience critique indispensables à l’évaluation des demandes. La complexité inhérente à ces demandes souligne la nécessité d’un jugement spécifique à chaque discipline et exige une transparence accrue en ce qui concerne les processus de sélection. Nous demandons une consultation élargie de la communauté concernant les critères relatifs aux compétences, à la diversité régionale et à la représentation communautaire, tant dans le processus que dans la composition finale des membres du jury. Une augmentation substantielle du financement doit être consacrée au renforcement de ce processus démocratique essentiel, afin de garantir que les évaluateur·trices disposent de ressources suffisantes et soient rémunérés équitablement. Cet engagement permettra à des artistes issus d’horizons, de régions géographiques et d’expériences de vie diverses et variées de participer, reflétant ainsi un éventail sain et complet des nombreuses cultures et communautés du Canada.
CONCLUSION
Les centres d’artistes autogérés connaissent un succès unique au Canada et ont joué un rôle déterminant dans le développement de carrière des artistes canadien·nes dans les domaines des arts visuels, des arts médiatiques, des arts de la scène et de l’édition. Ces artistes, à leur tour, ont fait la fierté du Canada à l’échelle locale et internationale, reflétant nos idées, nos histoires et notre innovation. Une grande partie de ce succès est attribuable aux investissements précoces du Conseil des Arts du Canada dans nos centres. En tant que porte-parole national du secteur des centres d’artistes autogérés, l’ARCA reste déterminée à plaider en faveur de cadres de financement responsables et réactifs qui reconnaissent pleinement et soutiennent les modèles uniques, dirigés par des artistes et à but non lucratif. Nous exhortons le gouvernement à considérer le soutien financier du Conseil des Arts du Canada non pas comme une dépense, mais comme un investissement direct et à fort impact dans l’économie créative et l’identité culturelle diversifiée et innovante du Canada.
Notes de fin:
- Étude nationale sur la rémunération – 2017, réalisée par le Conseil des ressources humaines du secteur culturel (CRHSC) et commandée par le Conseil des arts du Canada.
- Diversité démographique des artistes au Canada en 2016 (données tirées du recensement de 2016), publié par Hill Strategies Research Inc.
- Rapport sur les résultats ministériels 2020-2021, publié par Patrimoine canadien (comprend le résumé financier du Conseil des arts du Canada).


facebook
twitter